Bonjour, vous venez de vivre 4 ans à l’Abbaye du Désert. Qu’en retenez-vous ?
Olivier : Il y a 4 ans, nous quittions Paris pour nous installer dans une Abbaye vide, sous une pluie battante et avec le Covid… Bienvenue ! Mais nous avions un enthousiasme énorme. Une soif d’aventure, de découverte de l’autre et de nous-mêmes. Le plus marquant a été d’assister à la transformation profonde de chacun, quand il découvre qu’il est aimé.
Marthe : Quand on a posé nos valises à l’Abbaye, les moines l’avaient quittée à peine 15 jours plus tôt. Depuis lors, des travaux ont été faits, et on a vu plus d’une centaine de personnes s’installer ici dans un lieu où elles se sentaient attendues, et où progressivement elles ont pu se relever, retrouver le sens du travail et des relations humaines bienveillantes. Quel incroyable chemin parcouru !
Pouvez-vous nous parler de ce que vous ont apporté les missions qui vous ont été confiées ?
Marthe : La mission qui m’a le plus enseigné pendant ces 4 ans, c’est celle que nous avions tous en commun : porter sur l’autre un regard qui ne le réduit pas à son parcours, à son handicap, à son âge, mais qui compatit, encourage, donne de l’élan. Le vivre chaque jour m’a énormément aidée à poser ce regard sur notre fille Diane, qui était si fragile qu’elle est décédée le jour de sa naissance, en décembre dernier. C’est un regard qui dit que chacun est digne d’être aimé, et que la valeur d’une vie humaine, même fragile et cabossée, est inestimable.
Olivier : Au Village, la qualité d’une personne ne se mesure pas à son efficacité, elle se découvre plutôt à travers son esprit de service et sa capacité à porter un regard d’amour sur son voisin. Étant moi-même pragmatique, aimant l’efficacité et l’organisation, ce fut un véritable apprentissage de me laisser bousculer dans ce sens. Admirer certains réaliser des tâches semblant insignifiantes, mais avec tant de soin, de discrétion et d’altruisme, m’a permis de déboulonner mes certitudes et m’a ainsi fait grandir.
En quoi cette expérience au Village de François vous a changé ?
Olivier : Au Village de François, des personnes n’ayant rien à voir entre elles se retrouvent à partager des lieux et des espaces, avec le souci de se rencontrer et de prendre soin les uns des autres. Tout pourrait porter à croire que c’est perdu d’avance. Mais quand chacun se laisse surprendre, se laisse désarmer par l’autre, les barrières tombent !
Marthe : Notre passage à l’Abbaye s’est articulé pour moi en deux phases : la première a été de prendre conscience que je ne sais pas tout faire, et que je ne peux pas tout être ; que je suis « incomplète ». La deuxième a été de réaliser que c’est précisément cet espace « d’incomplétude » qui permet la rencontre puisque j’ai besoin de l’autre ! J’ai appris à apprécier ces limites qui me montrent quotidiennement combien ceux qui m’entourent ont à me faire grandir.
Qu’avez-vous envie de dire aux familles qui arrivent ?
Olivier : Je vous souhaite de tisser de belles amitiés. De ne pas viser l’efficacité, la réussite, de ne pas se fixer d’objectifs. Mais bien de vous laisser bousculer par l’imprévu. Que chaque projet, chaque nouvel événement, chaque nouvel accueil soit une occasion d’émerveillement.
Marthe : Les aventures qui vous attendent seront sûrement différentes de celles que nous avons vécues. Je vous souhaite de les vivre à fond et de vivre quotidiennement cette belle citation : « Nul n’est assez riche pour n’avoir rien à recevoir, nul n’est assez pauvre pour n’avoir rien à offrir ».








