Retour sur deux annĂ©es d’engagement
Bonjour ! Vous venez de vivre une expérience de plus de 2 ans à l’Abbaye du Désert en famille et vous vous apprêtez à en repartir en août. Qu’en retenez-vous de plus marquant ?
Alexandre : Un souvenir qui restera longtemps est l’émerveillement des visiteurs lorsque je leur fais dĂ©couvrir le lieu unique dans lequel les villageois rĂ©sident et la richesse de ce qui s’y vit.Â
Hélène : Je garderai toujours en mémoire les repas partagés dans la cour d’honneur l’été, qui se poursuivent par des discussions joyeuses jusqu’à pas d’heure. Pour moi il s’en dégage un esprit de fête de famille, où on est tout simplement heureux d’être là et de partager un bon moment ensemble. Il en va de même des tisanes du mercredi soir à la salle commune en plein hiver, de quoi réchauffer le cœur pour toute la semaine !
Pouvez-vous nous parler de ce que vous ont apporté les missions qui vous ont été confiées ?
Hélène : La mission de responsable adjointe du Village que j’ai acceptée en novembre 2023 m’a fait beaucoup grandir : une meilleure connaissance de moi et de mes limites, une plus grande affirmation face aux autres, et surtout, une prise de recul qui m’a été d’une grande aide dans les situations difficiles, par exemple lorsqu’un colocataire traversait un moment de rechute.
Alexandre : À travers les temps d’enseignements que j’assure auprès des colocataires du programme BOSCO, j’ai appris à adapter mes méthodes pédagogiques à chaque cas particulier. Si dans mon travail comme enseignant à l’université, les profils d’élèves que j’accompagne sont formatés dans leur manière de penser par le système éducatif, ici, au contraire, les jeunes ont décroché et sont hors-cadre. L’enjeu de les intéresser et les aider à avancer à leur rythme en est d’autant plus passionnant.
En quoi cette expérience au Village de François vous a transformés ?
HĂ©lène : Je crois que mon regard sur les personnes ayant des addictions a profondĂ©ment changĂ©. La figure que je me peignais de « l’alcoolique », du « droguĂ© » ou encore du « malade psychiatrique » me faisait peur. Aujourd’hui, je dĂ©couvre l’ampleur de la dĂ©tresse et du manque d’estime de soi dans lesquels peuvent ĂŞtre ces personnes qui ont en fait surtout besoin d’amour.Â
Alexandre : Paradoxalement, j’ai appris d’une part à savoir dire « non » plus facilement, et d’autre part à me laisser bousculer dans mon emploi du temps pour vivre l’urgence d’une situation, l’accueil imprévu d’un hôte ou la préparation d’un événement au pied levé.
Qu’avez-vous envie de dire aux familles qui arrivent ?
Hélène : Savourez les bons moments au Village et remémorez-les-vous au cœur de l’hiver, quand un villageois traverse un moment difficile et que vous vous trouvez démunis.
Alexandre : On peut se noyer dans un verre d’eau, entre les responsabilitĂ©s familiales et celles au village de François, si on ne relativise pas les galères et les Ă©checs du quotidien. A contrario, les signaux faibles, discrets, chez un habitant peuvent ĂŞtre le signe d’une grande dĂ©tresse psychologique. Je propose cette devise : prendre avec humour et recul les choses sĂ©rieuses et avec considĂ©ration les petites choses.Â








