Après avoir quitté l’école à 18 ans, où il se sentait mis de côté, Jérémy se posait beaucoup de questions sur son avenir chez ses parents. Lorsqu’on lui a parlé du Village de François, il a alors décidé de « venir voir », puis de venir vivre à l’abbaye à l’automne 2022. Depuis c’est un véritable modèle d’intégration.
Jérémy a 22 ans et est porteur d’un handicap léger. « J’ai du mal à me repérer dans le temps, j’ai du mal à lire, même si dans la vie je me débrouille bien ».
À son arrivée, il a intégré la colocation « Cette Famille », qui n’existe plus depuis, où il n’a pas su trouver sa place. « En arrivant, j’ai été très bien accueilli mais j’ai eu un peu peur, j’étais loin de chez mes parents. Cette période était compliquée pour moi, j’ai même eu envie de partir ».
Puis il a rejoint la colocation dite « des gars » et s’y est immédiatement épanoui. Il évoque le bonheur de vivre ensemble, de contribuer à ce que chacun se sente bien. « Je me souviens, on avait fait un repas de Noël, avec Pierre-Maël et Louis-Marie, tous les 3, c’était un super bon moment ! ». Plus tard la colocation a déménagé pour s’agrandir. Il nous dit fièrement « j’ai ouvert ma 3ème coloc ! J’étais le plus jeune, il y en a un qui avait 50 ans passé ! On faisait des blagues tout le temps ».
Et encore : « J’ai un bon ami au Village, Vianney. Des fois on se promène, on se parle, on part à Lourdes des fois 5 jours ! On mange beaucoup au restaurant aussi (il rigole), oh la la on en a fait des restaurants à l’Isle Jourdain ! ».
Récemment, Jérémy a ressenti le besoin de plus d’autonomie et a demandé à habiter en studio, « je voulais voir comment ça se passe pour moi de vivre seul ». Il s’y est donc installé en juillet. « Je me débrouille pas mal, au début je me demandais si ça allait être dur, mais j’arrive à tout faire tout seul. Je suis fier de ça ! ».
Jérémy a un vrai travail salarié au Village de François. Après avoir travaillé un an à La Bonne Ferme dans le maraîchage, il est maintenant le premier salarié en insertion de la miellerie : mise en pot du miel, mise en sachet des bonbons, mise en palette… « Avant je n’avais fait que des stages, ça ne se passait pas toujours bien, c’était compliqué parce qu’on se moquait de moi parce que je ne savais pas lire. Aujourd’hui je suis fier de mon premier contrat de travail ! ».
Et Jérémy est aussi un peu artiste, il peint. « C’est mon père qui m’a appris à peindre. Depuis que je suis arrivé au Village, j’ai même fait 3 expositions dans la région. Ça m’a permis de vendre une dizaine de toiles. Je suis fier ».
Jérémy se dit plutôt râleur, mais aussi plutôt drôle ! « J’aime bien faire des blagues. Je suis très fier de dire “allez l’OM !” dans le Village aux gens qui supportent le PSG comme Olivier. Un jour, j’avais un magazine de l’OM, je suis rentré dans le hall de l’appartement d’Olivier et j’ai accroché tous les posters devant sa porte ; il était très content que j’aie fait ça (il rigole) ».
Jérémy est également très gourmand. « Je suis toujours le premier à me servir une assiette au repas partagé, avant qu’il n’y en ait plus. (on rigole) Quand les habitants vont lire ça, ils vont être fous ! ».
Marion, une villageoise, nous parle de Jérémy : « Jérémy je dirais que “fallait l’inventer” ! Son talent c’est qu’il ose tout. Il a une assurance effrontée. Il a un enthousiasme enfantin et en même temps une résilience vraiment mature, c’est un mélange étonnant. Encore une fois, on a une chance incroyable de l’avoir, s’il n’était pas là il nous manquerait ! ».
Pour conclure, Jérémy nous confie : « Tout le monde me dit que j’ai changé depuis que je suis ici, mes parents, mes amis de l’Oise. Ma vie a changé. Avant, ma vie c’était pas une vie. Je suis plus confiant en l’avenir. Si quelqu’un me lit et a la même histoire que moi, j’ai envie de dire “viens au Village ». Ici, on ne regarde pas les gens comme des handicapés, on vit avec beaucoup de respect les uns pour les autres, c’est beau à vivre. »








