Chaque nouvel arrivant suit un parcours de discernement pour vérifier si le Village lui correspond vraiment. Entre rencontres, accompagnement et période d’essai, ce processus permet de découvrir la vie du Village.
Avant de s’installer au Village, chaque personne suit un parcours de discernement. Le processus commence lorsqu’un candidat postule sur l’extranet du Village de François, parfois orienté par un proche ou une association. Il remplit un premier formulaire rapide, qui recueille des informations clés. Après un premier appel téléphonique, un questionnaire plus détaillé est envoyé, puis un entretien en visio est organisé. Dans certains cas, il apparaît que le Village ne sera pas le cadre adapté pour la personne (par exemple en cas de condamnation pour des problèmes liés aux moeurs ou d’un handicap nécessitant une présence médicale non disponible sur place). La personne est alors orientée vers une structure plus appropriée.
L’étape suivante est un entretien approfondi d’environ une heure. Cet échange, réalisé par des personnes formées à l’écoute, permet de découvrir le parcours de la personne qui postule et de lui présenter comment s’organise la vie au sein du Village.
Patrice Cail, bénévole en charge de l’accompagnement des nouveaux villageois, explique, « On insiste beaucoup sur le fait qu’il y a une grande autonomie au sein du Village. Les villageois doivent trouver une occupation, soit travailler, soit s’engager dans des services. Pour se reconstruire, nous considérons qu’il est important d’être actif. »
Aurore, infirmière de profession et bénévole accompagnatrice, participe également à ces entretiens, qui incluent toujours un villageois, un permanent du Village et une personne extérieure, « Avec mon profil d’infirmière, j’ai un discernement par rapport au tempérament psychologique de la personne. On les rencontre à un moment de leur vie où ils sont fragiles, il faut s’assurer que le suivi psychologique est bien en place, que le suivi psychiatrique pourra continuer », explique-t-elle. « Quand une nouvelle personne arrive dans un habitat, ça chamboule l’équilibre en place, donc nous devons discerner le mieux possible si ça va pouvoir fonctionner. » Cet entretien permet de comprendre le parcours des personnes qui candidatent et les difficultés auxquelles elles font face. « On rencontre des personnes avec des fragilités très différentes, mais pour beaucoup ils nous disent qu’ils ne supportent plus la solitude.»
Après un temps de réflexion de plusieurs jours, si la personne souhaite rejoindre le Village et que son arrivée est validée par l’équipe de discernement, les responsables de Village sont prévenus et préparent son accueil. Patrice précise : « J’informe des fragilités potentielles de la personne, sans dévoiler des informations intimes ou confidentielles, pour permettre un accueil le plus ajusté possible. »
La phase suivante est une période d’essai de trois semaines, pendant laquelle la personne vit au Village en immersion au sein d’un appartement partagé. Une rencontre avec Benoît Louis, psychologue bénévole, permet de dresser un bilan après plusieurs jours, « Cet entretien les aide à prendre du recul sur leur expérience au Village. Ça les rassure de voir qu’il y a un vrai parcours d’arrivée, avec des temps dédiés pour faire le point. Je suis dans une posture d’écoute de l’autre, et j’oriente des questions en fonction de ce que la personne souhaite me confier. » Ce regard est important également lors de la fin de la période d’essai, afin de donner des clefs au candidat et aux responsables de Village pour discerner si la personne peut se projeter durablement au Village, « Tous ces échanges sont confidentiels, mais avec l’accord de la personne, je communique parfois certaines informations aux responsables du Village si elles sont essentielles à l’intégration. », explique le psychologue.
Un nouveau temps de réflexion, hors du Village, est organisé afin de permettre à la personne de prendre une décision librement. S’il y a un accord des deux côtés, elle revient vivre au Village pour une durée indéterminée. Les témoignages des nouveaux arrivants soulignent l’importance de ce parcours. Michaël est arrivé au village à la fin du mois de janvier, « J’ai trouvé la période d’essai très utile pour rencontrer les colocs et voir si ça fonctionne bien. Ils m’ont vraiment bien accueilli. Ils sont venus me chercher et on a fait un repas tous ensemble. Tout le monde était très ouvert. Depuis je suis resté, je fais du bricolage, du jardinage, et en ce moment je travaille en cuisine pour l’Hôtellerie. »
Guillaume, arrivé en février, raconte : « On m’avait bien expliqué les règles et comment fonctionnait le Village avant que j’arrive.», « À mon arrivée, j’ai su que j’étais au bon endroit. J’ai été accueilli par un villageois qui est venu me chercher à la gare. On m’a fait une visite de tout le Village. Ce qui m’a tout de suite marqué c’est le lieu qui est magnifique et la sympathie des gens. On arrive tous avec nos fêlures et notre parcours de vie. Ça libère les échanges. On se sent en sécurité et on donne notre confiance plus facilement. »
Aurore parle de son expérience au sein de l’équipe de discernement, « Je pars du principe que personne n’est à l’abri de vivre des périodes où l’on sombre. Ce qui fait que l’on ne sombre pas, c’est l’entourage. Parfois il faut se faire violence pour aller vers les autres, pour accepter leur aide et ça demande de la délicatesse. On apprend à avoir beaucoup de considération pour la personne en face. Ça nous met aussi face à nos propres fragilités. Lorsque je réalise les entretiens, je me dis toujours « ça pourrait être moi », j’essaie de me mettre à la place de l’autre. »
Patrice revient également sur son expérience de bénévole, « Le discernement se fait de manière collégiale. Plusieurs interlocuteurs avec des profils variés sont impliqués, afin d’accompagner au mieux la réflexion de la personne. La décision ne repose pas sur une seule personne, mais sur un échange collectif. La mission remue émotionnellement, car on est confrontés à des situations et à des histoires de vie difficiles. C’est une mission pour laquelle on peut faire des erreurs, mais on en fait de moins en moins avec l’expérience. C’est une mission qui est très belle, indispensable au projet ! »








